• "L'homme est-il bon ? Est-il méchant ?

    Cette controverse hante les philosophes et les moralistes. Elle oppose, depuis plus de deux siècles, les partisans de Hobbes ("l'homme est un loup pour l'homme") à ceux de Rousseau ("l'homme est bon, la société le corrompt").

    De fait, aucun être humain ne vit hors d'une société. L'Homo sapiens est pétri par ses mythes, sa religion, ses parents, son village, sa culture; y compris, depuis un siècle, par la radio, la télévision ou Internet.

    Aucune bête sauvage n'aurait jamais assassiné ses congénères comme nous nous y sommes employés à Oradour-sur-Glane ou à Srebrenica. Aucun animal n'aurait pu concevoir et exécuter cet ordre que je tiens pour le plus barbare qui ait été proféré depuis le commencement de l'univers, voici près de quatorze milliards d'années : "Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens !"

    Bien plus que le tigre de Racine, nous sommes "altérés de sang". Meutriers, tortionnaires et fiers de l'être... Nous aimons nos reîtres, nos spadassins, nos soudards, nos uhlans, nos mercenaires? Nous louons la soldatesque qui pille et viole. Nous décorons nos "héros". Nous élevons des statues à ceux qui ont le mieux éventré ou incendié, nous leur composons des hymnes...

    L'homme est méchant parce que c'est un animal pensant.

    Je pense, donc j'asservis.

    Je pense, donc j'exploite et j'humilie. Je pense, donc je vole et je tue....

    Ce que je dois dire à présent me sort avec peine des neurones. Je rougis, je pâlis, mes yeux papillotent ma bouche se déssèche, mes doigts tremblent sur le clavier de mon ordinateur. Il y a longtemps que je le pense mais je n'osait l'écrire...

    Mon propos consternera ceux qui veulent croire en l'humanité de l'homme, au progrès de notre espèce ou à son salut.

    L'espèce humaine est affreuse, bête et méchante. Nous avons tous en nous quelque chose d'un peu nazi.

    Je ne parle pas d'une petite salissure, d'une tache résiduelle, d'une macule en voie de dissolution ou d'un défaut mineur que nous pourrions tenir sous contrôle. Non... J'examine la partie constitutive de notre personne. Je peins la région de nous-mêmes qui nous guide lorsque nous subissons un stress ; lorsque nous avons peur ou que nos intérêts vitaux sont en jeu.

    Parce qu'il se veulent humanistes ou qu'ils croient au paradis, certains d'entre nous endossent le costume de saint Michel et tentent de combattre ce Lucifer de nos tréfonds. Courage ! Je crains que la victoire n'advienne ni à Pâques, ni à la Trinité, ni à l'aïd el-Kébir, ni au Têt, ni à l'occasion d'aucune fête de quelque religion que ce soit.

    Que cela plaise ou non, et quelles que soient les indignations du philosophe ou du moraliste, la vérité s'impose : nazis nous sommes.

    Certains Homo sapiens le sont en totalité : ils saluent le bras levé et marchent au pas de l'oie. Ils contribuent à "la solution finale" à Auschwitz ; à la rééducation par le travail au goulag ; à la chasse aux ennemis du peuple pendant la révolution culturelle en Chine ; au génocide des Arméniens en Turquie ; ou à la mise en pièces de l'ennemi ethnique en Bosnie ou au Rwanda...

    La majorité des individus de notre espèce incarnent des nazis de petite envergure. Ils barbotent dans le marigot de l'ignominie ordinaire. Ils jouent la vilenie au rabais. Ils saisissent l'occasion de mal faire sur le mode poussif, sans gloire ni système, mais sans hésiter non plus lorsqu'ils sont sûrs de l'impunité. A la fois lâches et cruels, ils perpètrent leurs bassesses en douce. Ils trafiquent au marché noir. Ils dénoncent les Juifs à la Gestapo ou les contre-révolutionnaires à la Tcheka. Puis ils rentrent gentiment chez eux infliger des tortures morales ou physiques à leur conjoint, à leurs enfants ou à leur chien.

    Des rares individus, qu'on appelle "bienfaiteurs de l'humanité" ou "Saints", sont un peu moins pires que les autres. Ils protègent la veuve et l'orphelin. Ils font monter les femmes et les enfants dans les canots de sauvetage. Ils se jettent avec bravoure dans le brasier, tels les "liquidateurs" de Tchernobyl ou les pompiers new-yorkais du 11 septembre... Bien entendu, l'ermite au désert ne croise pas grand monde et reçoit peu de louanges ; mais il se regorge à l'idée de s'asseoir un jour à la droite de Dieu.

    Je cherche l'humanité au fond de l'homme : je n'y vois que la moustache d'Hitler.

    Désolé d'être aussi brutal et désespéré...

    Le Führer n'est pas un monstre, un psychopathe ou une "bête immonde", ainsi que nous essayons de nous en persuader pour ne pas avoir à regarder en nous-mêmes. C'est un Homo sapiens ordinaire, avec un encéphale de mille trois cents centimètres cubes et cent milliards de neurones (avant Alzheimer). Le petit barbouilleur autrichien prend le pouvoir de façon démocratique, puis cède aux pulsions habituelles de notre espèce. Bilan : quarante millions de morts... J'observe que nous obtenons un résultat voisin avec le sida : quarante millions de séropositifs et trois millions de décès par an ... Nos fantasmes et notre mépris d'autrui lors de nos relations sexuelles sont-ils moins coupables que les délires nazis ? Le bon époux qui fait un extra sans capote, l'homosexuel adepte du "cul nu", le marchant de sang qui contamine des centaines de milliers de Chinois en réutilisant les mêmes seringues sont-ils plus moraux que les soldats du Troisième Reich ? En tant que victime potentielle, je préfère qu'on m'inocule uine rafale de mitraillette plutôt qu'un contingent de VIH : ça va plus vite et ça fait moins mal...

    Humain, trop humain !

    Cela vaut pour le trafiquant d'esclaves (même Voltaire avait des intérêts dans la traite des Nègres). Pour le général d'armée qui lance la chair à canon à l'assaut de la tranchée ennemie. Pour le proxénète qui commercialise le sexe d'autrui. Pour le violeur d'enfant qui saccage l'innocence. Pour le flic qui matraque le "basané". Pour le juge qui met à l'ombre plus vite que son ombre. Pour le petit chef qui harcèle ses inférieurs. Pour le rond-de-cuir qui ricane derrière son guichet... Je n'oublie ni le vainqueur du "Maillon faible" à la télé, ni le vieillard grabataire qui perd ses dernières forces à insulter son infirmière.

    Cent pour cent des Homo sapiens sont méchants.

    Nous sommes des "salauds" au sens sartrien du terme : nous accomplissons nos mauvaises actions en toute liberté ; en ayant conscience du mal que nous faisons.

    Je dirais même plus : nous aimons nos perfidies. Nous les justifions. Nous leur trouvons toutes les excuses possibles et impossibles. Nous les rebaptisons "légitime défense", "acte de bravoure" ou "choix tactique". Les Anglais ont inventé le mot fair play, qui amuse beaucoup tous ceux qui ont affronté les Anglais à la guerre ou au rugby. Les capitalistes parlent de "concurrence loyale", ce qui fait rire tous ceux qui étudient les relations entre les entreprises ; chacune d'elles n'a qu'une obsession : le monopole. Nous sommes doués pour emballer nos vilenies dans des paquets cadeaux. Sur le fond, notre simplicité est désarmante. Notre pensée unique, le socle de notre réflexion et de notre action , s"énonce ainsi : j'ai raison et tous les autres  ont tort...

    L'Homo sapiens, comme tout être vivant, obéit à trois pulsions principales : le sexe, le territoire et la hiérarchie.

    La reproduction, la possession et la domination.

    Nous sommes leurs esclaces. Nous adorons qu'elles nous fouettent et nous fassent ramper. Avant de décrire l'apocalypse à laquelle elles nous mènent, il me faut esquisser leur chemin organique.

    Nous aliénons notre liberté à ces tendances parce qu'elles nous font plaisir. Le secret de notre vie (donc de notre mort) gît dans cette biologie des passions. Certains pensent que le plaisir est subjectif, avec son cortège de fantasmes? Nous le renforçons d'images excitantes. Mais il est d'abord matériel. Il requiert des neurones et des neurotransmetteurs...

    Nous possédons, dans notre encéphale (mille trois cents centimètres cubes de problèmes et peu de solutions), des aires du plaisir et de la récompense. La scène se passe dans notre cerveau primitif (ou limbique, ou reptilien), où se trouvent les supports de notre mémoire et de nos émotions, ainsi qu'un petit organe d'apparence négligeable : le noyau accumbens.

    C'est dans cet amas de neurones que s'élaborent nos plaisirs.

    Le noyau accumbens est farci de récepteurs de la dopamine. Cette substance est un neurotransmetteur, comme la sérotonine, l'acéthylcholine, la noradrénaline ou le glutamate. On pourrait écrire que c'est la "molécule du bonheur"... Lorsque les récepteurs dopaminergiques de notre noyau accumbens sont excités, nous aimons. Nous adorons. Nous dégustons. Nous savourons. Nous sommes gratifiés parce que l'existence nous propose le plus positif : un instant d'extase...

    Heu-reux ! Nous sommes heu-reux...

    Notre peau s"échauffe, nos yeux papillotent, nous voyons des étoiles, notre respiration s'accélère, notre coeur bat plus fort, nos orteils sont en éventail, nous bavons, nous poussons de petits cris ridicules. Alléliua s'il s'ensuit un orgasme ! Nous avons l'air idiot, mais nous voulons prolonger ce moment. Ou le revivre. Bis repetita placent, et même beaucoup !

    Lorsque nous ressentons un plaisir, nous en identifions la cause : un plat goûteux, un bon vin, le parfum d'une fleur, le visage d'un ami, le spectacle d'un sexe, etc. Nous en mémorisons la source. nous cherchons à y revenir. Et nous nous retrouvons dépendants. En addiction. Obligés de renouveler la dose. Accros. Junkies...

    Les drogues (licites ou illicites) comme le tabac, l'alcool, le cannabis, la morphine, l'héroïne ou la cocaïne, cout-circuitent nos circuits du plaisir et de la récompense. Elles agissent, de façon directe ou indirecte, en stimulant nos récepteurs de la dopamine. Nous en devenons esclaves en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire. Tout s'écroule avec l'état de manque qui s'ensuit, et les souffrances physiques et morales qu'il inflige...

    Mais rien n'échappe à la dictature de notre cerveau limbique...

    Parmi les stupéfiants majeurs, les plus faciles à trouver sont le sexe, le territoire et la domination. Ce ne sont ni les moins chers, ni les moins dangereux, mais leur commerce est licite.

    Le degré de tolérance au sexe varie avec l'intensité de la coercition religieuse...

    Du côté du territoire et de la hiérarchie, tout est permis et même encouragé. La possession et la domination sont élevées au rang de valeurs."

    Yves Paccalet, L'humanité disparaîtra, bon débarras ! Edition Arthaud


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  • "Lorsque  l'on pense au fait que chaque enfant qui naît est une page blanche, découpée dans le long parchemin enroulé du déterminisme génétique, mais fraîche et immaculée comme au premier jour du monde humain ; lorsque l'on pense que ce qui s'inscrit très tôt sur elle, ce qui fait sa richesse et sa fragilité, c'est l'expérience acquise par l'humanité au cours des ages, et que cette expérience nous sommes seuls et tous responsables du contenu sémantique des caractères qui la transcrivent, nous sommes tentés de conclure qu'il y manque un chapitre sans doute essentiel, à voir le monde des adultes, ce monde aveugle et déchaîné. Et c'est vrai qu'à l'héritage nous n'avons pas encore ajouté, ce que nous savons ou du moins croyons connaître de la Vie. Sur cette page blanche, s'inscrivent jour après jour, les lois physiques et les lois sociales, les réglements, les sens interdits, les feux rouges, les codes, les limitations de vitesse, mais rien, absolument rien, concernant la page elle même, son origine, sa texture, ses filigranes, sa couleur et son utilité."

    "La connaissance des mécanismes biologiques qui sont la matière des mécanismes sociaux est le seul espoir que nous ayons de dominer les uns et les autres. La biologie n'intervient pas seulement pour agrémenter, diversifier le comportement individuel. Elle intervient dans chaque individu et d'une façon très générale pour commander le comportement de l'homme dans la Société. Et cette société est telle, les rapports de production ne sont ce qu'ils sont, que parce que le comportement biologique inconscient de l'homme le commande ainsi.

    Dans la transmission des informations de notre siècle et des siècles passés aux enfants d'aujourd'hui et aux hommes de demain, nous percevons deux grands courants novateurs.

    L'un peut être la base d'un humanisme nouveau, largement diffusé et aboutissant à la mutation qui nous paraît essentielle, celle de la structure mentale des hommes. On peut en tracer le cadre. Il comprend d'abord l'enseignement devenu indispensable des bases biologiques du comportement comme conclusion à l'enseignement des mécanismes essentiels de la vie, ce qui a pour le moins autant d'importance que le problème des robinets et l'accord des participes. Il mettra en évidence le déterminisme de nos comportements, l'aveuglement qui anime nos jugements de valeurs, il débouchera sur la tolérance et le relativisme des faits humains. Il montrera le peu d'espace qui sépare le héros des esclaves; la véritable égalité n'existe pas si ce n'est dans notre soumission à nos déterminismes. En apprenant dès l'enfance à se mieux connaître, l'homme apprendra à mieux connaître ses semblables, à mieux comprendre ses comportements en sociétés. Nous devons aussi transmettre la notion fondamentale de "structure", son application dynamique à travers les rudiments de la cybernétique, en montrer les possibilités d'adaptation aux problèmes humains, sociaux et économiques, et l'instrument méthodologique irremplaçable qu'elle constitue. Nous devons mettre en ordre les informations transmises, par niveaux d'organisation successifs avec les interrelations existant entre eux. Il ne s'agit plus de collectionner des "connaissances" auxquelles on ne comprend rien parce que sans lien entre elles, mais de fournir un instrument, un outil,pour construire le monde dit matériel, par l'intermédiaire de la construction de notre monde mental.

    Ce premier courant que nous venons de schématiser assurera la réalisation de ce que certains appelleraient sans doute l'homme moral. Moral, parce qu'il aura à obéir à certaines lois, non du type de celles imposées par l'intérêt conscient des sociétés, et qui n'étant pas accopagnées de notice explicative doivent être appliquées de façon coercitive ou en faisant appel aux sentiments les plus instinctifs, aux "paris" les plus mercantilesz, aux préjugés les plus médiocres, à ce qu'il y a enfin de plus animal dans l'homme. Il obéira à des lois, mais à celles de la nature et de la vie, en tentant d'en trouver d'autres, plus fondamentales, qui le libéreront des précédentes.

    L'autre courant est celui de l'homme énergétique, forme qui restera sans doute longtemps encore nécessaire. Celui-ci se situera par rapport au précédent, il prendra vis-à-vis de lui sa véritable place : il parlera de l'homo Faber. C'est l'éducation technique, la seule envisagée aujourd'hui, quelle que soit l'idéologie de référence.

    Or pour faire des techniciens, quelle que soit la discipline, point n'est besoin d'université. Il suffit d'écoles techniques. L'université aujourd'hui n'est d'ailleurs pas autre chose : elle fournit des techniciens à ce monde qui les réclame et les consomme à une vitesse exagérée....

    Travail en miettes des mains et du cerveau, sporulation accélérée des individus, voilà le seul désir des sociétés technicisées actuelles, le seul avenir proposé à l'individu....

    Le rôle  de l'université ne devrait-il pas être de créer en toutes disciplines des esprits "contestataires", aptes à penser plus loin que ceux qui les ont précédés ? Et pour cela n'est-il pas indispensable non d'enseigner des certitudes, ce dont les écoles techniques se chargeront toujours trop, mais au contraire les failles, les contradictions, les insuffisances ? De montrer nonn ce qui va, mais ce qui ne va pas ? Non des champs fermés, mais des champs ouverts aux imaginations créatrices ? Le rôle de l'universitaire ne serait-il pas de faire le bilan du connu pour passer très vite avec les générations montantes à la recherche de l'inconnu ?"....

    "N'est-ce pas la rencontre avec la vie, avec les problèmes concrets du devenir, qui constitue le meilleur contrôle des connaissances ? qui constitue l'aiguillon indispensable au dépassement, qui exige la mise en jeu de l'imagination créatrice que l'on nous s'éteindre après 35 ans ? Cet âge limite n'est peut-être d'ailleurs que la conséquence des réflexes conditionnés créés chez l'homme jeune par une société de vieillards qui veut se perpétuer. Rien ne prouve que si l'on laissait l'adolescent et le jeune homme exprimer très tôt leur imagination, celle-ci ne serait pas plus longtemps créatrice à un âge beaucoup plus avancé. Rien n'est plus néfaste que les réglements de manoeuvre, imposés en invoquant une expérience qui ne devrait être là que pour orienter, non pour diriger. Mais cela exige de l'enseignant beaucoup d'humilité, beaucoup d'esprit critique pour lui-même, et le moins possible pour les autres, ce qui devient difficile dans une société entièrement parcheminée. Elle exige de lui qu'il accepte la critique et la discussion avec l'enseigné  que généralement il paternalise et qu'il admette que celui-ci, du seul fait qu'il est né et a grandi dans un monde qu'il ignore, car il n'est déjà plus le sien, peut mélanger les informations qu'il lui transmet d'une façon nouvelle après les avoir déstructurées.

    Je crois fermement que tant que l'on n'aura pas compris cette distinction indispensable entre l'homme technique et l'homme imaginant, notre société s'enfoncera dans un chemin sans issue, que les grands mots concernant l'humanisme ne seront pas suffisants à ouvrir sur des lendemains qui chantent ...

    De toute façon, il sera sans doute possible de former en grand nombre les découvreurs dès lors que la créativité non seulement ne sera plus châtrée dès le départ, mais encore sera encouragée, dès lors qu'un environnement favorable à son éclosion sera créé. Or, nous avons dit que les découvreurs n'avaient peut-être pas le rôle que l'on serait logiquement tenté de leur accorder dans l'évolution humaine. Nous avons dit qu'ils n'étaient que les témoins prématurés des temps à venir. Qu'ils naissaient isolément à la conscience, noyés dans l'inconscience de leur contemporains. Mais il n'en serait pas de même si ces découvruers naissaient en grand nombre. La société qui aura compris l'intérêt de les susciter, celle qui mettra ses efforts à réaliser l'environnement favorable à leur éclosion, ser non seulement assurée de survivre, mais assurer de rendre la première un service capital à l'humanité....

     

    Les masses sont capables de se révolter, mais pas de construire....

    La société de demain sera le fait des découvreurs et des foules, mais non des foules isolées, ou des découvreurs isolés. Et elle se réalisera d'autant plus vite que l'imagination créatrice deviendra une priorité du cerveau humain plus largement répendue....

    Une société qui dit-on possède, actuellement vivants, 95 % de découvreurs de tous les temps, est peut-être capable d'inventer aujourd'hui ses structures sociales de demain sur les bases qu'est en train de lui fournir la science, sans faire appel à chaque instant au culte de la personnalité des grands morts. La science vénère ses grands hommes, mais elle ne s'y soumet pas....

    Des chercheurs ont observé au téléobjectif des groupes de singes auxquels ils avaient préalablement implanté des électrodes dans diverses aires cérébrales. Ces animaux se trouvaient en liberté dans un espace clos, et l'électrogénèse de leurs aires cérébrales étaient enregistrée à distance. Il était possible de les stimuler à distance. Très rapidement ces animaux se constituent en sociétés. Un chef apparaît qui soumet les autre animaux à son autorité, son autorité sexuelle d'abord, évidemment. Une hiérarchie s'établie ensuite progressivement parmi les autres et cette hiérarchie se trouve être liée au comportement. Elle est fonction de l'agressivité. Le chef est le plus agressif. D'autre part, cette agressivité est elle-même fonction de l'électrogénèse du système limbique et il fut possible, en stimulant les neurones de ce système, d'influencer la hiérarchie, c'est à dire de transformer en chef des esclaves. La stimulation du noyau caudé, au contraire, diminue l'agressivité et provoque rapidement une régression de l'animal stimulé dans la hiérarchie. Mais le plus curieux est le fait suivant : les animaux, ayant à leur disposition des manettes permettant de stimuler eux-mêmes les aires cérébrales des autres singes, trouvent assez rapidement que la stimulation de son noyau caudé diminue l'agressivité du chef et le rétrograde dans la hiérarchie. Ils en usent largement dès que celui-ci devient trop dominateur.

    Quand on compare la vie sociale de l'homme moderne avec celle de ses ancêtres du néolithique, on constate que certains moyens de fuite ou de lutte lui sont interdits. Quand deux animaux de la même espèce ou d'espèces différentes entrent en compétition dans un environnement naturel, soit au sujet du territoire, soit au sujet d'une femelle, l'un d'eux finalement cède et s'éloigne : il s'agit d'une entente mutuelle sur une réaction d'évitement . Le phénomène est courant chez le gorille. Quand les animaux ne peuvent s'éviter, quand ils sont en cage par exemple, la compétition se termine souvent par la mort de l'un d'eux oupar la soumission du vaincu. Une hiérarchie s'établit. Chez l'homme le même phénomène apparaît. Chez les tribus primitives l'évitement mutuel était encore possible et les allées et venues d'individus ou de groupes sont toujours observables chez les Boshimans. Il est devenu impossible dans nos sociétés modernes. Les lieux de travail variés et la maison familiale sont des lieux de réunion entre individus où la promiscuité est inévitable et où la dépendance économique crée des liens de soumission qui rendent impraticable la réaction d'évitement mutuel. Il s'agit d'une cage analogue à celle où l'on peut enfermer deux gorilles....

    Dans la fuite ou la lutte, réponses biologiques simplifiées d'un organisme vivant à son environnement, réponses auxquelles l'homme lui-même ne peut se soustraire, tout un remaniement de l'équilibre biologique survient. Nous l'avons schématisé dans plusieurs ouvrages (H Laborit, 1954, 1963, 1968). Il trouve sa finalité dans l'autocinèse, c'est-à-dire la possibilité de déplacement par rapport au milieu, qui met en jeu le système neuro-musculaire et dont le résultat est la disparition, par  l'éloignement ou par la suppression, de la variation de l'environnement incompatible avec la survie. Chez l'homme moderne, une telle autocinèse est devenue impossible et les perturbations biologiques qui en sont le support deviennent inefficaces et inutiles, bien que toujours là. Ce n'est plus l'ours que l'homme trouve à la sortie de sa caverne moderne, mais le patron, le supérieur hiérarchique que,les lois sociales, les rapports de production, l'"autre" sous toutes ses formes. Or cet autre, il n'est plus question pour lui de le fuir ou de le combattre ouvertement. Et le déséquilibre biologique inutile s'exprime alors par toutes les affections, particulièrement vaso-motrices, de l'homme contemporain, depuis l'hypertension jusqu'aux ulcères gastriques et aux infarctus du myocarde. La réaction biologique au milieu, essentiellement vaso-motrice et endocrinienne dans son expression, neuro-psychovégétative dans son origine, réaction biologique ne trouvant plus sa résolution dans la fuite ou la lutte, se transforme en maladie psychosomatique. A moins quelle ne trouve en partie sa solution collective dans l'action de groupe : syndicats, partis politiques, groupements culturels, et même activités sportives....

    Aussi longtemps que les hommes n'auront pas pris conscience de leur déterminisme biologique et croirons à leur liberté, il y a peu de chance que cela change. Il faut, pour que cela change, que chaque homme prenne d'abord conscience de son animalité, de ce qui le lie à la vie dans son ensemble, aux autres espèces animales. Peut-être alors sera-t-il capable de dépasser son conditionnement biologique.

    On objectera que le singe n'est pas l'homme. On est malheureusement obligé de constater que le paléocéphale humain, celui de l'agressivité, est semblable à celui du singe, et que tout homme a dans son cerveau un grand anthropoïde qui sommeille. Il faut reconnaître à regret que dans la vie journalière, ce sommeil est de courte durée et que c'est ce grand anthropoïde qui guide, sous le déguisement trompeur des mots et du discours logique, la majorité de nos actes et de nos comportements. Alors que le singe est singe, qu'il assume entièrement sa destinée de singe, l'homme camoufle inconsciemment, car il ne s'en rend pas compte lui-même, le singe qu'il abrite dans son paléocéphale. On dit souvent que l'homme était un loup pour l'homme. C'est être trop optimiste, car dans la meute, quand l'agressivité de deux mâles s'oppose en combat singulier, le vaincu renversé tend au vainqueur sa gorge où monte la carotide, et jamais le vainqueur ne la déchire de ses crocs. Emporté par par ses jugements de valeur, son paléocéphale déchaîné par les mots, l'homme assassine sans remords et sans pitié.

    Cet environnement humain, cette vie en société que les espèces inférieures ont résolu souvent avec simplicité, l'homme moderne ne sait plus la contrôler. En effet, cet environnement se dilue dans l'irresponsabilité des pressions sociales sans visage, ou se personnifie au contraire dans un mot, capable ensuite de déchaîner toute l'agressivité insatisfaite....

    L'Humanité n'a pas encore atteint l'âge d'homme.....

     

    Il apparaît que dans "l'effecteur" homme, il est impossible d'envisager uniquement ce que nous avons appelé l'aspect énergétique, celui de son travail. Cet aspect est le phénomène essentiel dans certaines sociétés animales, les sociétés d'insectes par exemple, à tel point que l'on peut se poser la question de savoir où est l'organisme : est-ce l'abeille, est-ce la rûche?

    Or là, semble-t-il, pas de conflit. Si nous considérons l'abeille en tant qu'individu, elle fonctionne de la même façon qu'une cellule d'un organisme évolué, avec sa spécialisation qui concourt à la survie de l'ensemble. C'est nous, qui par nos jugements de valeur, attribuons notre hiérarchie à la rûche, en y distinguant des ouvrières, une reine, etc. On pourrait aussi bien dire, des membres, un ovaire. La hiérarchie n'existe que parce qu'elle est vue à travers notre système limbique humain, qu'elle s'y colore de l'instinct de domination qu'il contient, base de jugement de valeur, source des hiérarchies. Or il est curieux de constater que dans la rûche, si chaque individu concourt à la survie de l'ensemble, un seul est chargé de la reproduction de l'espèce. Chez l'homme malheureusement, chacun de nous en est chargé. Il en va de même dans la plupart des autres espèces animales et nous avons vu que cette fonction est ordonnancée par le comportement agressif et  le système limbique. Voici donc, à l'inverse de ce qui se passe dans les sociétés d'insectes, deux finalités réunies en un seul individu : le travail assurant ses approvisionnements matériels et ceux de ses proches et la reproduction participant à la survie de l'espèce. Avec cette dernière apparaissent l'agressivité et le besoin de dominer....

    Avec l'homme et le language, apparaît la conscience des faits, conscience très imparfaite, souvent obscurcie par les reflexes conditionnés, les jugements de valeur, mais conscience tout de même ; avec les languages, la mémorisation des expériences acquises au cours des générations; grâce à la mémoire et grâce à des systèmes associatifs plus développés que chez les autres animaux, peut naître enfin l'imagination créatrice. Qu'a fait l'homme de tout cela sur le plan sociologique ? Il a tenté de contrôler son environnement, et pas seulement son environnement matériel, mais aussi son environnement humain. Et c'est ainsi qu'à travers les âges, les écologies, des civilisations sont nées, des rapports interhumains se sont organisés, des solutions fondées sur la domination des individus ou des groupes ont été trouvés.

    Mais avec l'homme est apparu l'outil. Or, avec la civilisation industrielle et le travail en miettes, l'outil n'est pas resté la propriété de l'individu comme cela fut les cas pour l'artisan. L'outil est devenu la possession de quelques privilégiés qui tiennent en leur pouvoir les possibilités de travail du plus grand nombre. Avec le Marxisme enfin, l'homme a compris que si son travail en miettes n'avait plus grande signification, ni force par lui-même, par contre l'ensemble du travail humain pouvait être une force de pression considérable, tout en représentant une des finalités essentielles des sociétés....

    Tout ne doit-il pas commencer par l'éducation de la masse ? Mais comment l'éduquer si on lui imprime un nouveau catéchisme, un nouveau carcan intellectuel qui en bloquera à nouveau l'évolution ? Comment aussi éduquer les générations entièrement fossilisées dans leurs reflexes conditionnés et qu'une éducation scientifique multidisciplinaire n'aura pas fait naître au sentiment de la relativité des choses et des êtres ? A qui la biologie n'aura pas fait découvrir le déterminisme de leur système nerveux ?

    Comment éduquer un peuple dont l'économie est entièrement et intimement mêlée à celle des autres, à tel point que la notion de frontière n'est là que pour limiter les déplacements individuels, mais pas ceux des capitaux ? Comment éduquer non pas "une" bourgeoisie nationale, ce qui ne servirait pas à grand chose, mais "la" bourgeoisie internationale ?...

    En d'autres termes, comment faire prendre conscience de la nécessité d'une évolution, voire d'une révolution, à une masse qui n'a pas conscience de cette nécessité, parce que ses besoins fondamentaux sont assurés ?...

    Ainsi, il apparaît que le but immédiat pour qui espère en l'évolution humaine est de hâter l'automation. mais cela ne servira à rien en ce qui concerne l'aliénation humaine et ses contraintes, si parallèlement on ne donne pas à tous ces hommes "énergétiques", devenus inutiles, les moyens de devenir créateurs. Sinon, on risque d'aboutir rapidement à un monde de Hippies, entièrement abandonnés à leurs motivations inconscientes, et se comportant de façon semblable aux sociétés d'anthropoïdes auxquels la forêt équatoriale fournit sans gros effort l'essentiel de leurs besoins.

    Je doit pourtant avouer que ces Hippies me sont, tout compte fait, plus sympathiques, dans leur fuite de certaines contraintes et leur empressement à s'en trouver de plus abrutissantes encore, que les justes de tous les pays, sûrs de leur bon droit, de leur morale, de leur propriété privée, de leur religion et de leurs lois, de leurs immortels principes de 89, jamais indécis jamais tourmentés, sûrs de détenir la vérité et prêts toujours à l'imposer, au besoin par la guerre, la bouche pleine d'une liberté qu'ils imposent et qu'ils s'imposent à coups de bottes et de dollars, nourris au lait de la publicité et des dogmes. Oui je crois préférer encore la destruction des images due à la LSD aux images sclérosées qui peuplent ce monde incohérent par la multitude des certitudes admirables, ce monde libre pour qui a suffisamment d'argent pour se croire libéré, ce monde qui remplace la notion de structure dynamique par celle de charpente sociale cimentée par les armées, ce monde qui confond l'individu et le compte en banque, la créativité et le commerce, les évangiles et le droit civile, ce monde qui a bonne conscience parce qu'il n'a plus de conscience du tout, ce où l'on ne peut plus rien chercher car l'enfant y trouve à sa naissance sa destinée définitivement écrite sur sa fiche d'état civil, ce monde qui momifie l'homme dans ce qu'il appelle l'humanisme, qui parle de l'individu comme si celui-ci pouvait exister isolément, confond société et classe sociale, justice et défense de la proprité privée, ce monde qui ne cherche rien parce qu'il a déjà tout trouvé.

    A ceux qui cherchent à fuir ce monde sans humour et qui se réfugient dans des paradis artificiels en perturbant pharmacologiquement l'association d'images inscrites dans les mécanismes de leur biochimie cérébrale, ce qu'il faudrait dire c'est qu'au lieu de créer un monde irréalisable parce qu'individuel et non confronté aux relations  existant déjà dans l'environnement, confrontation qui permet seule de juger de la validité d'une hypothèse, ils seraient peut-être plus efficaces en tentant de laisser fonctionner leur imagination créatrice. Malheureusement, celle-ci ne peut fonctionner que si elle parvient à se dégager de la prison des reflexes où la société l'enferme dès l'enfance. Les solutions neuves ne peuvent être découvertes qu'à ce prix....

    Il n'y a pas seulement que la misère matérielle qui est attristante. Celle-là peut encore avoir une certaine noblesse. Elle n'est pas suffisante à ramener l'homme au niveau de la bête. Par contre, la misère de l'esprit, celle qui fait de l'admirable cerveau humain une boite à reflexes et à jugement de valeur, un organe sans usage, un instrument d'anthropoïde, cette misère là est dramatique. C'est la misère du sectaire et du nanti, du bon citoyen et bien souvent de l'honnête homme. Peut-on en vouloir à certains de refuser cette misère là, de chercher ailleurs un monde plus coloré ? De ne pas être attirés par les maisons de la culture, la télévision, le PMU, le jeu de lotos, la pêche à la ligne, les voyantes extralucides, le cinéma, la foire du Trône ou le cirque Pinder, toutes soupapes officielles à la tristesse de l'e"xistence urbaine ? Cette société qui juge ne pourrait-elle commencer par se juger ?...

    Il m'a été reproché de ne rien construire, e ne rien proposer. Je pense qu'entre le maintien des structures acquises plus ou moins réformées, la proposition d'une démocratie avancée et la révolution, un suffisamment grand nombre de propositions sont faites. Sont-elles plus constructives ? Je n'ai quant à moi, au cours de ces reflexions, pas cherché à proposerun "programme" mais à démontrer, à préciserles mécanismes inhérents à l'état de choses existant.

    Tout se passe comme si l'on pensait, par la construction d'une piste de vitesse, pouvoir obtenir qu'une deux-chevaux atteigne le 200 à l'heure! Or, si un bolide de formule 1 a besoin d'une piste, d'un environnement transformé, pour réaliser sa vitesse de pointe qu'il ne peut atteindre sur un chemein vicinal, il est nécessaire de réaliser d'abord une transformation assez profonde de la deux-chevaux, même placée sur un circuit de vitesse, pour atteindre les mêmes performances. C'est seulement ce que j'ai voulu dire.

    Depuis que l'homme est homme, semble-t-il, il y a eu des révolutions. Ce ne sont pas elles qui ont eu le plus d'influence sur l'évolution humaine....

    Mon programme, je serais tenté de dire qu'il consiste  à étudier précisément la façon de transformer une deux-chevaux en un engin de 3000 ml de cylindrée. En effet, la cybernétique, nous l'avons dit, nous apprend que le milieu transforme l'homme et que l'homme transforme le milieu. Mais depuis des centaines de milliers d'années, la structure biologique de l'homme est restée à peu près la même . Ce qui a changé, c'est ce que sa mémoire est capable d'engrammer. Ce qui a changé, ce sont donc les éléments que son Imagination a à sa disposition et peut aujourd'hui manipuler. Mais les facteurs qui dirigent cette manipulation, nous commençons à peine à les entrevoir, à les isoler, à les comprendre, ce qui est nécessaire pour les diriger. Il y a trente ans, la neuro-physiologie était à l'état foetal. On ne savait pratiquement rien du fonctionnement d'un cerveau humain. Des millions de chercheurs ont, depuis, commencé à éclairer ce labyrinthe et déjà tentent de le situer dans le comportement individuel, puis social. Les reherches concernant la biologie du cerveau des espèces inférieures débouchent maintenant sur les comportements des sociétés animales. La toxicité d'un agent pharmacologique est complètement différente suivant qu'il est injecté à un animal isolé ou à un animal en groupe et suivant l'importance du groupe. La reproduction des souris varie suivant la densité de la population où elles se trouvent, diminuant avec le nombre. On a pu montrer que ces faits étaient en rapport avec une activité accrue de certaines aires cérébrales, activité qui est elle-même fonction de la libération de certaines substances chimiques provoquée par les contacts"inter-souris". Quelques microgrammes de substances biologiques sécrétée par certains types de neurones, ou certaines glandes endocrines, dont l'activité varie avec les rapports sociaux, avec, on peut le penser, les rapports de production, sont capables de transformer profondément le comportement humain. Ces quelques exemples montrent que le milieu agit bien sur l'être vivant, mais pas comme on avait pu le croire jusqu'ici. Des êtres aussi simples que des amibes, êtres unicellulaires, nous montrent déjà le déterminisme primitif des comportements puisque, dans certaines espèces dites "sociales" les individus se réunissent en groupe quand le milieu s'appauvrit en nourriture....

    Ce rappel montre que rien n'est isolé dans la nature et que la biologie naissante doit inéluctablement nous conduire à une science véritable de nos comportements. Ces comportements, dès maintenant, quelques microgrames de substances chimiques absorbées, existant déjà dans l'organisme, ou inventées récemment par l'homme, sont capables de les transformer profondément. Ainsi, l'homme est déjà capable d'agir sur le rendement de la deux-chevaux. Même si la solution pharmacologique ne triomphe pas, ce qui est peut-être après tout souhaitable, le seul fait de connaître scientifiquement les mécanismes de ces comportements, mécanismes qui s'étagent de la molécule au métabolisme, à la cellule, aux organes, aux systèmes, aux individus et aux sociétés, le seul fait de les connaître, de les avoir mis à jour, d'avoir affirmé indiscutablement leur existence fera que l'homme et les sociétés ne pourront plus être les mêmes....

    Nous avons répété fréquemment au cours de ces pages que ce qui caractérisait essentiellement notre espèce, c'était le fait de posséder dans son cortex des zones associatives particulières, sur le fonctionnement desquelles repose l'imagination créatrice.

    Or il apparaît en définitive que très peu d'hommes aujourd'hui, après des milliers d'années d'évolution humaine, sont capables d'utiliser ces zones corticales privilégiées. Ainsi, peut-on dire qu'ils vieillisent avant même d'être nés à leur humanité....

    Que sert alors de prolonger l'existence, non de morts en sursis, mais de représentants d'une race préhumaine qui n'en finit pas de s'éteindre ? ...

    Le vieillissement est un sujet qui moi-même me passionne. Mais le sujet d'étude qui devrait avoir la priorité des priorités, n'est-ce pas celui de la naissance de l'homme à son humanité ? Quelqu'un a dit déjà, il y a environ deux mille ans, que nous ne pouvions y parvenir si nous n'étions pas comme des enfants. Des enfants...c'est-à-dire cette page vierge sur laquelle ne sont point encore inscrits à l'encre indélébile les graffiti exprimant l'ensemble des préjugés sociaux et des lieux communs d'une époque."

    Source : L'homme imaginant, Henri Laborit


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  • <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p><o:p></o:p>L’effet « Janis »

    <o:p></o:p>

    = phénomène dit de « pensée groupale » ou « pensée moutonnière ».<o:p></o:p>

    L’effet « Janis » tendrait à se constituer lorsqu’un groupe vise à établir un consensus sur la solution la plus acceptable pour sauvegarder la cohésion du groupe et éviter les discussions susceptibles d’être sources de conflit.<o:p></o:p>

    Un certain climat de complicité cherche à s’instaurer dans le groupe. Les membres évitent de prendre des initiatives ou de suggérer des contre-hypothèses. La solution préférée initialement par le groupe est soutenue de façon sélective.<o:p></o:p>

    Le groupe aveuglé par ses préjugés est victime de l’esprit de corps qui tend à étouffer toute pensée critique indépendante.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    5 conditions prédisposent à cet effet :<o:p></o:p>

    - la cohésion élevée du groupe ;<o:p></o:p>

    - l’isolement par rapport au corps social ou à d’autres groupes ;<o:p></o:p>

    - l’absence de définition de la méthode dans le travail du groupe ;<o:p></o:p>

    - le leadership très directif ;<o:p></o:p>

    - la situation globale anxiogène et stressante.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    2 symptômes principaux émergent :<o:p></o:p>

    - l’illusion collective : illusions de moralité, de rationalité, d’unanimité et d’invulnérabilité du groupe ;<o:p></o:p>

     - la censure collective qui s’applique à soi-même et aux autres.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    4 caractéristiques signent les décisions prises par effet « Janis » :<o:p></o:p>

    - la pauvreté de l’information recherchée ;<o:p></o:p>

    - les biais et les distorsions dans le traitement de l’information et la définition des objectifs ;<o:p></o:p>

    - l’absence de prise en compte des risques potentiels que la décision comporte ;<o:p></o:p>

    - le manque de recherche d’alternatives logiques et cohérentes.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Pour qu’un groupe cohésif évite cet effet, il doit accepter les divergences, les désaccords et ne pas rejeter les arguments neufs et les solutions originales.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    La psychologie des groupes - Alain Blanchet Alain Trognon - Nathan Université 128<o:p></o:p><o:p></o:p><o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    <o:p> </o:p>

    <o:p> </o:p>

    La pensée groupale (Janis) désigne le fait qu’à l’intérieur du groupe se développent des mécanismes psychologiques qui incitent les individus à rapprocher leurs points de vue les uns des autres, à développer une cohésion qui leur fait prendre des positions irrationnelles ; elles se manifeste en particulier par le fait que l’on ne tient plus compte des réalités extérieures et, de ce fait, la décision prise est souvent boiteuse.<o:p></o:p>

    La pensée groupale comporte plusieurs aspects qui interviennent dans les prises de décision :<o:p></o:p>

    - le sentiment d’invulnérabilité qui fait que le groupe par exemple peut se croire au-dessus des lois ;<o:p></o:p>

    - la conviction d’être dans son bon droit ;<o:p></o:p>

    - la tendance à dénaturer une information contraire à la décision du groupe ;<o:p></o:p>

    - les pressions exercées sur les membres afin qu’ils soutiennent la décision majoritaire ;<o:p></o:p>

    - la tendance des membres à construire des stéréotypes concernant des personnes opposées à leur décision.<o:p></o:p>

    Les membres d’un groupe sont plus intéressés et préoccupés à sauvegarder leur cohésion ou à défendre le groupe contre des menaces externes plutôt qu’à trouver et à aboutir à une décision rationnelle.<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    La psychologie sociale - Gustave-Nicolas Fischer

    <o:p>Source : http://pierre.coninx.free.fr/lectures/Janis.htm</o:p>

    <o:p></o:p> 

    <o:p>

    Effet Janis<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    5 conditions<o:p></o:p>

    - Forte cohésion<o:p></o:p>

    - Isolement<o:p></o:p>

    - Absence de méthode<o:p></o:p>

    - Leadership directif<o:p></o:p>

    - Situation stressante<o:p></o:p>

    Décision: 4 caractéristiques<o:p></o:p>

    -la pauvreté de l’information recherchée<o:p></o:p>

    -les biais dans le traitement de l’information<o:p></o:p>

    -absence de prise en compte des risques<o:p></o:p>

    -Le manque de recherche d’alternatives<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Deux facteurs principaux émergent de l’effet Janis :<o:p></o:p>

    -l’illusion collective :<o:p></o:p>

    il peut s’agir d’illusions de moralité, de rationalité, d’unanimité et<o:p></o:p>

    d’invulnérabilité du groupe.<o:p></o:p>

    -la censure collective :<o:p></o:p>

    cette censure s’applique à soi-même et aux autres, s’exprime<o:p></o:p>

    parfois sous la forme de pressions directes à l’égard des membres<o:p></o:p>

    potentiellement dissidents.<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Exemple de Pearl Harbor<o:p></o:p>

    5 conditions  Flotte à l’abris à Pearl Harbor<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    - Forte cohésion  Esprit de corps<o:p></o:p>

    - Isolement  Groupe isolé<o:p></o:p>

    - Absence de méthode<o:p></o:p>

    - Leadership directif  Hiérarchie militaire<o:p></o:p>

    - Situation stressante  2ème guerre mondiale<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Décision: 4 caractéristiques<o:p></o:p>

    -la pauvreté de l’information recherchée  Infos sur espionnage dans cette zone<o:p></o:p>

    -les biais dans le traitement de l’information  Sécurité/zone déjà franchie<o:p></o:p>

    -absence de prise en compte des risques  Pas d’alerte générale<o:p></o:p>

    -Le manque de recherche d’alternatives  Pas d’autre solution envisagée<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Deux facteurs principaux émergent de l’effet Janis :<o:p></o:p>

    -l’illusion collective :<o:p></o:p>

    il peut s’agir d’illusions de moralité, de rationalité, d’unanimité et<o:p></o:p>

    d’invulnérabilité du groupe.<o:p></o:p>

    La décision est la bonne à 100%<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    -la censure collective :<o:p></o:p>

    cette censure s’applique à soi-même et aux autres, s’exprime<o:p></o:p>

    parfois sous la forme de pressions directes à l’égard des membres<o:p></o:p>

    potentiellement dissidents.<o:p></o:p>

    Rejet de toute info négative<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Source : http://www.staps.univ-avignon.fr/S2/UE2/Psychologie/L1_PsychoSocio_dynamique_groupes_Teulier.pdf<o:p></o:p>

    </o:p>

     

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  • L'encéphale propre à l'homo sapiens sapiens s'est différencié, vraisemblablement, dans les plaines africaines au sein de populations de quelques centaines de milliers d'individus. Aujourd'hui, des milliards d'entre eux ont envahi la quasi-totalité de la planète et tentent même de se propager au-delà.

    L'organisation et la flexibilité de l'encéphale humain restent-elles compatibles avec l'évolution d'un environnement qu'il ne maîtrise plus que très partiellement ?

    Une dysharmonie profonde n'est-elle pas en train de se creuser entre le cerveau de l'homme et le monde qui l'entoure ?

    On peut se le demander. Les architectures dans lesquelles il se parque, les conditions de travail auxquelles il est soumis, les menaces de destruction totale qu'il fait peser sur ses congénères, sans parler de la sous-alimentation à laquelle il soumet la majorité de ses représentants, sont-elles favorables à un développement et à un fonctionnement équilibré de son encéphale ? On peut en douter.

    Après avoir dévasté la nature qui l'entoure, l'homme n'est-il pas en train de dévaster son propre cerveau ? Un seul chiffre montre l'urgence du problème, celui de la consommation d'un des médicaments les plus vendus dans le monde : les benzodiazepines. Ces tranquillisants mineurs agissent au niveau du récepteur cérébral d'un neurotransmetteur inhibiteur, l'acide gamma-amino-butyrique. Exaltant son effet, ils calment l'angoisse et aident le sommeil. Sept millions de boites sont vendues par mois en France et des chiffres semblables se retrouvent dans la plupart des pays industrialisés.  Un adulte sur quatre se "tranquillise" chimiquement. L'homme moderne doit-il s'endormir pour supporter les effets d'un environnement qu'il a produit ?

    Il est temps de considérer le problème avec sérieux. Encore faut-il construire dans notre encéphale une image de "l'homme, une idée qui soit comme un modèle que nous puissions contempler" (B. Spinoza, Ethique IV, p 171) et qui convienne  à son environnement.

    Source : L'homme neuronal, Jean-Pierre Changeux


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  • L'homme fait partie intégrante de l'environnement. Depuis quelques années, la notion d'environnemnt est à la mode. Des ministères ont étés créés, mais toujours dans la même vision dichotomique. On parle de qualité de la vie, celle-ci étant liée essentiellement à l'importance des espaces verts et d'une moindre pollution, obtenue grâce à une autre croissance dont on ne précise jamais les caractéristiques. Mais couvrirait-on la planète de gazon, si l'on m'interdit de m'y coucher par un bel après-midi d'été, la qualité de ma vie ne sera pas améliorée pour autant.  Ce  qui veut dire que l'environnement humain est d'abord représenté par les autres hommes et que l'écologie humaine est avant tout une socio-économie politique. Pour un individu, être normal, c'est d'abord l'être par rapport à soi-même et non suivant des règles comportementales imposées par une structure hiérarchique de dominance.

    L'homme est un élément d'un système complexe , constitué d'individus et organisé en structures sociales. Il serait présomptueux de penser que l'on peut agir sur ces individus en agissant simplement sur le système complexe qui les réunit, alors que l'organisation de ce dernier dépend de la structure fonctionnelle, en particulier nerveuse centrale, des individus qui le constituent; mais il serait tout aussi inefficace d'agir sur ces individus en ignorant l'organisation du système qui les englobe. Le "dedans" d'un individu ne devient ainsi qu'un lieu de passage de l'environnement, lieu de passage spécifiquement structuré, au sein duquel cet environnement parfois se fixe et sommeille, pour en ressortir transformé dans l'action.

    Source : La légende des comportements, Henri Laborit


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  • En situation d'inhibition de l'action, situation qui ne peut se résoudre que par l'action gratifiante, on assiste parfois à des explosions d'agressivité ou à des dépressions. En effet, en pareille situation, un stimulus surajouté qui normalement n'aurait pas entraîné d'agressivité peut transformer l'ensemble du comportement.

    L'explosion agressive est une réponse motrice inopinée à l'angoisse, elle ne répond pas aux facteurs qui ont provoqué cette angoisse mais permet d'abandonner l'inhibition de l'action pour une activité motrice, même inefficace.

    Deux facteurs peuvent favoriser l'explosion d'agressivité. Le premier est la toxicomanie, surtout alcoolique, qui, dans la majorité des cas, est à l'origine de la violence. Mais cet alcoolisme est lui-même la conséquence d'une tentative d'occultation de l'angoisse. Comme la violence, et d'ailleurs de façon complémentaire, la toxicomanie est une fuite de la sensation pénible résultant de l'inhibition de l'action gratifiante. Le second facteur provient de l'absence d'interlocuteur auquel parler de son angoisse, car le langage aurait alors déjà constitué un moyen d'action.

    Quant au comportement suicidaire, il s'agit d'un comportement d'angoisse et d'inhibition de l'action dans lequel l'agressivité se tourne vers le sujet envers lequel la socioculture ne peut interdire l'action : le sujet lui-même. Ainsi la toxicomanie pourrait être un comportement intermédiaire dans lequel l'individu fuit l'inhibition due à la socioculture et dirige l'agressivité contre lui-même.

    Enfin, tout ce que nous venons d'observer au niveau de l'individu peut également être constaté au niveau de l'organisation des groupes sociaux. La guerre est-elle autre chose que l'affrontement de deux structures fermées en vue d'établir leur dominance, cette dernière étant nécessaire à leur approvisionnement  énergétique et matériel, et en conséquence au maintien de leur structure ? Le langage, par le biais de la propagande, fait croire à chaque élément du groupe en guerre qu'il défend son propre territoire avec les objets et les êtres qui s'y trouvent alors que, bien souvent, ce n'est que la structure hiérarchique de dominance qui est protégée et défendue.

    Source : La légende des comportements, Henri Laborit


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  • L'agressivité défensive est provoqué par un stimulus nociceptif douloureux, lorsque la fuite ou l'échappement sont impossibles. Reste alors la lutte, qui peut encore réaliser la destruction de l'agent nociceptif.

    Ce comportement inné, qui met en jeu le faisceau de la punition, peut être orienté vers un objet, un individu d'une autre espèce ou un individu de la même espèce. Cette agression répond à l'agression du milieu, quel qu'en soit l'agent responsable. Si elle est récompensée, et uniquement dans ce cas, l'agressivité défensive devient un comportement appris, faisant appel à un processus de mémoire, mais elle reste toujours liée à un stimulus du milieu.

    Il est souvent difficile de distinguer clairement ce type d'agressivité des agressivités compétitives qui elles sont acquises. En effet, le stimulus douloureux provoquant l'agressivité défensive peut provenir d'un individu entrant en compétition pour l'obtention d'un objet ou d'un être gratifiant.

    L'agressivité défensive provoquée par un stimulus douloureux est relativement rare chez l'homme. En revanche, le deuxième "système de signalisation" suivant l'expression pavlovienne, autrement dit le langage, est peu-être un stimulus qui met en jeu le système inné de défense, à condition d'avoir fait l'apprentissage de la sémantique qu'il véhicule : l'injure. D'autre part, il implique également un apprentissage culturel de valeurs à usage purement sociologique, telles que celles de la virilité, du courage, des différent types d'honneur, comme celui du gangster ou celui de l'honnête homme. Il suppose enfin l'apprentissage du mérite et de la discipline : le premier, respecté, est récompensé par la structure sociale de dominance, la seconde, non respectée, entraîne la punition.

    L'agressivité déclenchée par la peur, peut être rapprochée de l'agressivité défensive, mais elle implique un apprentissage préalable de la punition. La peur nécessite la connaissance de l'existence de stimuli désagréables, et la connaissance du fait qu'en présence de l'un d'eux, antériorement répertorié comme tel, la fuite ou la lutte permettent l'évitement. L'agressivité résulte alors de l'impossibilité de fuire l'agent agresseur.

    Source : La légende des comportements, Henri Laborit


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  • C'est d'un tout autre type de compétition qu'il s'agit là, au sein duquel on distingue la défense du territoire et l'agressivité intermâles.

    On admet que l'agressivité de défense du territoire est un comportement acquis, et non inné, qui résulte de la compétition avec un intrus pour la conservation d'objets et d'êtres gratifiants.

    Quant à l'agression intermâles, bien que reposant sur un instinct sexuel qui dépend de l'état hormonal, elle fait également appel à l'agressivité de compétition, dès lors qu'un autre individu de la même espèce intervient dans le même espace pour s'approprier l'objet de la gratification, sexuelle ou autre.

    Que la  pulsion soit liée à une activité hormonale paraît certain, car l'agressivité intermâles n'apparaît chez la souris ou chez le rat qu'au moment de la maturité sexuelle. La testostérone, hormone mâle, administrée à des souris castrées provoque en effet une augmentation considérable des combats entre mâles. Cependant, des exprériences sur des singes ont démontré que l'expérience sociale antérieure et l'apprentissage des règles hiérarchiques avaient plus d'importance que les hormones sexuelles dans l'agressivité et dans l'établissement des dominances.

    Ces mécanismes étudiés sur l'animal se retrouvent intégralement chez l'homme. Cependant on assiste chez ce dernier à l'institutionnalisation de la notion de propriété et des moyens d'obtention de la dominance. Son aptitude à créer une information capable, par le biais des machines, de fabriquer un maximum de marchandises en un minimum de temps est à l'origine de l'apparition d'une échelle hiérarchique établie sur le degré d'abstraction de l'information professionnelle. La civilisation industrielle a donc permis aux techniciens et bureaucrates d'acquérir la dominance.

    Ce qu'il est convenu d'appeler enseignement et éducation consiste d'ailleurs à apprendre à l'enfant, puis à l'adolescent, à pénétrer le plus tôt possible dans un système de production et à acquérir les informations techniques qui le leur permettront. C'est la recherche de la dominance par l'intermédiaire de l'acquisition de cette information technique, base de toute promotion sociale, qui motive l'enseignement.

    La compétition intermâles et maintenant interfemelles aussi, ne revêt plus l'aspect du comportement batailleur rencontré chez l'animal et qui persista longtemps chez l'homme. La bataille existe toujours, tout aussi ritualisée et institutionnalisée, mais elle est dorénavant abstraite. On peut en conclure que les problèmes de production, de croissance, de pollution sont des problèmes d'agressivité compétitives camouflés sous un discours pseudo-humanitaire déculpabilisant permettant de maintenir la structure de dominance à l'intérieur des groupes et des ethnies, et entre groupes, ethnies et nations.

    La masse, les matières premières, et l'énergie ont toujours été à la disposition de l'espèce humaine, mais seules les ethnies ayant acquis une information technique élaborée ont pu en  profiter et, grâce à une plus grande efficacité de leurs armes, imposer leur dominance aux autres, moins avancés techniquement. L'agressivité compétitive passe aujourd'hui encore plus encore qu'hier par l'intermédiaire de l'efficacité des armes et  du nombre de brevets.

    Cette agressivité fondamentale, celle qui permet aux dominants de conquérir et de conserver leur dominance, est si bien ritualisée et institutionnalisée qu'elle est devenue inapparente et à même pris l'aspect du bon droit, de la justice et de l'absence d'agressivité.

    A tel point qu'elle se trouve à l'origine de professions de foi humanistes, de pitié, de charité et de mansuétude, tout en stigmatisant les explosions brutales de violence de la part des dominés, contre lesquels on organise des guerres "justes" pour l'établissement d'un nouvel ordre international, celui qu'impose les nations dominantes et les mieux armées. Il faut pourtant s'en souvenir, les transformations sociales les plus profondes des sociétés humaines n'ont pu voir le jour que grâce à des révolutions qui ont renversé les rôles et assuré la dominance aux anciens dominés. Devenus dominants, ceux-ci se sont empressés d'établir les règles d'obtention de la  dominance, et de les institutionnaliser.  Le discours législatif n'est jamais que l'alibi logique d'une pulsion dominatrice inconsciente, établissant les règles de la structure hiérarchique d'une société. L'agressivité de compétition conditionne dès lors, chez les dominés, l'agressivité d'inhibition comportementale ou d'angoisse, parfois appelée agressivité d'irritation.

    Source : La légende des comportements, Henri Laborit


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  • La lionne sautant sur une gazelle pour la dépecer et s'en nourrir n'éprouve aucun ressentiment, aucune haine et, repue, elle peut fort bien, un peu plus tard, laisser les autres gazelles venir se désaltérer au même point d'eau sans les agresser.

    Ce comportement de consommation, que caractérise une agressivité prédatrice, ne paraît lié à l'affectivité que dans la mesure où la pulsion, qui provient d'un déséquilibre biologique interne, s'accompagne d'une sensation désagréable et où l'assouvissement met fin à cette sensation désagréable et s'accompagne d'un certain plaisir.

    L'homme, au lieu de limiter la prédation à sa faim, l'a utilisé pour fabriquer des marchandises et établir sa dominance sur ses semblables, par le biais de la production de ces marchandises et leur vente.

    Dans nos sociétés contemporaines évoluées, l'agressivité prédatrice motivée par la faim est en effet devenue exeptionnelle. Même pour des millions d'individus qui, chaque année encore, meurent de faim, ce type d'agressivité n'est pas rentable, car il n'est plus efficace face aux armes de ceux qui n'ont pas faim.

    Si la faim peut encore exeptionnellement motiver les comportements humains d'agressivité, le but n'est pas de manger l'autre mais de lui prendre son bien. Cependant, dans nos sociétés évoluées, ce ne sont en fait pas ceux, de plus en plus nombreux, qui ont faim qui se montrent agressifs et entretiennent la délinquance.

    Source : La légende des comportements, Henri Laborit


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