•  Un problème majeur dans la planification du futur de l'humanité vient de notre nature éphémère, qui nous condamne à vivre à une seule échelle de temps négligeable par rapport à celle de l'évolution. Nos préoccupations visent notre avenir immédiat et celui de nos enfants et petits enfants. Pour les dirigeants politiques, le délai est encore plus court, les quelques années qui les séparent de la prochaine élection. Ce qui excède le demi-siècle n'a d'intérêt que pour quelques penseurs que presque personne n'écoute. Nous vivons dans le temps présent. Comment pouvons-nous faire face à des responsabilités qui s'étallent sur des millénaires ? Heureusement, il est des choses que nous pouvons faire d'emblée, dans le contexte de notre temps physiologique .

    Notre première préoccupation devrait être notre environnement, pour la simple raison qu'il pose des problèmes très urgents, directement liés à notre avenir immédiat et à celui des générations à venir. Les questions qui se présentent sont hautement complexes et sont débattues à de nombreux niveaux de gouvernement, nationaux et internationaux.

    L'ampleur de la population humaine soulève un autre problème pressant. Il y a trop d'êtres humains sur la planète, et l'augmentation de leur nombre (près de 100 millions par an) est en passe de devenir intolérable. Tous nos efforts doivent tendre à limiter cette expansion le plus rapidement possible. Si nous ne le faisons pas, la sélection naturelle le fera pour nous, avec des conséquences dramatiques dont les signes prémonitoires se laissent déjà discerner dans diverses parties du globe? Famines, épidémies, conflits, expulsions de masse, génocides, purifications ethniques, attentats terroristes, hostilité croissante envers les immigrants, milieux urbains déshumanisants se multiplient de par le monde.

    A côté de ce problème quantitatif, un autre, qualitatif, requiert l'attention urgente de l'humanité : le sort de ses enfants. A présent, il n'est pas un enfant sur mille , peut-être sur un million, à qui il soit permi d'atteindre le développement mental auquel ses gênes lui donnent droit. La plupart des enfants du monde son privé des stimuli nécessaires pour mettre en place le riche réseau neuronal autorisé par leurs potentialités génétiques. Beaucoup, inadéquatement nourris, manquent même des conditions matérielles requises pour un tel processus. L'éducation, même de niveau primaire est encore déniée par une majorité de jeunes.

    Christian de Duve (A l'écoute du vivant)


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