• George Bush rejoint le camp écologiste

    Luis Lema, New York
    Mercredi 24 janvier 2007  
      
     Faudra-t-il remercier les ours polaires? Au tournant de l'année, l'annonce selon laquelle l'administration Bush allait inscrire cet animal sur la liste des espèces menacées a servi de révélateur. Pour la première fois, cette administration reconnaissait en effet le réchauffement de la planète et la menace qu'il fait planer sur les êtres vivants. Pendant ce temps, il neige en Californie tandis que la Côte Est reste inhabituellement chaude: les Américains ne parlent plus que du dérèglement climatique. George Bush les a entendus: dans le discours sur l'Etat de la Nation qu'il allait prononcer cette nuit, la question de l'environnement devait occuper une place centrale.

    Selon un sondage récent conduit par l'université de Yale, 93% des Américains estiment que le gouvernement devrait favoriser le développement de nouvelles énergies. Ils sont presque autant à s'inquiéter devant la dépendance de l'Amérique vis-à-vis du pétrole étranger. Pour un George Bush qui a atteint la cote de popularité la plus basse pour un président depuis un quart de siècle, ces chiffres ont de quoi faire rêver. Selon les informations de ses collaborateurs, il devait lancer mardi soir un plan «très ambitieux». Il ne viserait pas seulement à accroître très fortement la production d'éthanol, à base de maïs ou de copeaux de bois, mais devrait aussi fixer comme objectif de réduire de 20% la consommation d'essence d'ici à 2017.

    En réalité, George Bush avait déjà surpris dans son discours de l'année dernière. Le Texan que l'on disait aux ordres de «Big Oil», les pétroliers américains, reprochait alors aux Etats-Unis d'avoir développé une «addiction au pétrole». Dans l'intervalle, pourtant, la demande a continué de grimper: les Américains, qui paient leur litre d'essence trois fois moins cher que les Européens, consomment aujourd'hui 45% du pétrole mondial, alors qu'ils représentent 5% de la population du globe.

    Le discours de mardi sera-t-il un tournant? A défaut d'entrer dans l'histoire comme le président qui a démocratisé le Moyen-Orient, George Bush sera-t-il celui qui incarnera le grand réveil de l'Amérique face aux changements climatiques? Ou ce discours ne servira-t-il qu'à dévier momentanément l'attention de l'Irak et d'une politique dont le président doit pour la première fois répondre devant une majorité démocrate au Congrès?

    La notion «d'indépendance énergétique», de fait, est une sorte de transition toute trouvée. Au-delà des préoccupations écologiques, le sentiment est devenu très fort aux Etats-Unis que l'argent américain est la principale arme à se retourner contre eux. Irak, Venezuela, Arabie saoudite sont mis dans le même sac: «Pour gagner la guerre contre le terrorisme, nous devons d'abord arrêter de financer le terrorisme avec l'argent du pétrole, s'emporte Vinod Khosla, personnalité particulièrement écoutée au sein de la Silicon Valley. Utilisons plutôt notre argent pour financer une guerre contre le pétrole.»

    Car si Bush devait rejoindre le camp des défenseurs de l'environnement, c'est aussi que ce camp ne cesse d'accroître son influence. Ce lundi, ayant senti tourner le vent, c'était une dizaine de géants de l'industrie ou de la chimie, comme Entergy Corp ou DuPont de Nemours qui affichaient leur intention de pousser en direction d'une limitation des gaz à effet de serre.

    Avant cela, six Etats de l'Est s'unissaient autour de New York pour défendre une politique visant à contrer le réchauffement climatique. Déjà, 22 Etats américains ont fixé un quota d'utilisation d'énergies renouvelables.

    De son côté, le rival malheureux de Bush, Al Gore, n'en finit plus de multiplier les succès avec son documentaire sur le réchauffement climatique. Enfin, la Coalition des gouverneurs pour l'éthanol (Governor's éthanol coalition) ne cesse de s'étendre. Fondée en 1991, elle cherche depuis lors à réduire la dépendance énergétique du pays ainsi qu'à «stimuler l'économie nationale». Sur la carte où la coalition marque sa progression, il ne reste plus qu'une douzaine d'Etats à conquérir. Même le Texas est tombé dans l'escarcelle.

    Pour George Bush, la pression est bien sûr devenue encore plus forte avec la nouvelle majorité démocrate. D'ici au jour de l'Indépendance, le 4 juillet, la nouvelle présidente du Congrès Nancy Pelosi veut fournir au pays les moyens d'assurer son indépendance énergétique. Mais les amis politiques du président ne sont pas en reste. A l'image d'un Arnold Schwarzenegger qui, en tant que gouverneur de Californie, l'Etat le plus peuplé du pays, s'est engagé à réduire d'un quart les gaz à effet de serre avant 2020.

    Les Etats-Unis, certes, n'ont toujours pas ratifié le Protocole de Kyoto. Mais, à en croire les plus optimistes, ces innombrables initiatives locales amèneront bientôt le pays à le respecter de fait, au moins en partie. Il ne manquait encore qu'à convaincre le président... 

    http://www.letemps.ch:80/template/tempsFort.asp?page=3&article=198788

    Source :  La lettre de Terre Sacrée du 24 janvier 2007


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